DISCOURS CIMETIERE D’IVRY 10 OCTOBRE 2009
Nous voici à nouveau réunis pour rendre hommage aux fusillés enterrés dans ce cimetière. Durant toute la durée de la guerre les nazis utilisèrent ce cimetière parisien d’Ivry pour ensevelir les martyrs qu’ils avaient fusillés.
Le carré des fusillés comportait à la libération prés de 850 tombes. Les lieux de supplice étaient nombreux, le Mont-Valérien bien sur, mais aussi le stand de tir de Balard, le fort de Romainville et d’autres lieux encore. L’occupant avait décidé de répartir les corps dans de nombreux cimetières de la région parisienne afin que la population française ne prenne pas conscience de l’ampleur des massacres.
Parfois les suppliciés étaient enterrés dans des fosses communes, mais grâce à l’action des personnels résistants ils furent pratiquement tous identifiés et reçurent une sépulture décente. Quand l’on chemine dans le nouveau « carré des fusillés » on est malgré tout surpris par le nombre de tombes portant la mention Anonyme ou Inconnu. Cela montre que même aujourd’hui nous ne connaissons pas encore tous ceux qui ont donné leur vie pour que nous vivions libres. Résister pouvait conduire à la mort en cas d’arrestation.
Mais résister ce n’était pas seulement se battre les armes à la main contre les troupes nazies. Cela prenait des formes multiples. Ecrire à la craie Vive la France sur un mur pouvait conduire à la mort, coller des papillons dénonçant le gouvernement de Philippe Pétain avait le même effet. Recueillir des renseignements pour les réseaux de la France Libre était interdit. Participer au sauvetage des enfants juifs ou aux filières d’évasions des pilotes abattus était un crime. En résumé toute action aussi minime soit-elle était considérée comme un acte de résistance.
Ceux qui s’engageaient dans cette voie, peu nombreux au début, savaient ce qu’ils risquaient. Mais pour eux la liberté n’avait pas de prix. Ils voulaient un monde meilleur quels que soient leurs engagements. Ils croyaient en Dieu ou n’y croyaient pas. Ils étaient communistes, socialistes, gaullistes on non engagés politiquement. Ils appartenaient à toutes les couches de la société et exerçaient différents métiers. Ils étaient donc représentatifs de la population française dans son ensemble. Ils se battaient contre la barbarie, contre tous les racismes (qu’il s’exerce à l’encontre des juifs, des tsiganes, des homosexuels, des handicapés ou d’autres catégories de la population). Ils étaient pour le respect des différences et contre tous les communautarismes. La lutte contre le nazisme et son cortège d’horreurs était leur priorité. Ils donnaient parfois la mort parce ce leur idéal c’était « LA VIE ». Lors des opérations armées les cibles étaient militaires. Non ils n’étaient pas des TERRORISTES comme voulait le faire croire la propagande du gouvernement de Vichy et les occupants allemands. C’est tous ces résistants à qui nous rendons hommage en ce lieu.
Sur les écrans des salles de cinéma vient de sortir le film de Robert Guédigian : L’Armée du Crime. Magnifique hommage à ces combattants qui luttaient pour un monde meilleur, ce film fait revivre pour les jeunes générations le souvenir de tous ces héros qui sont enterrés ici même. Les tombes des Vingt Trois de l’Affiche Rouge sont en effet prés de nous autour du monument en hommage au groupe Manouchian. De nombreux immigrés avaient rejoints leurs camarades français. Ils venaient de Hongrie, d’Italie, d’Espagne, de Pologne, de Tchécoslovaquie, de Roumanie, d’Arménie et même d’Allemagne. Presque tous avaient fui un régime dictatorial allié avec Hitler. Nombre d’entre eux avaient déjà combattu le fascisme au sein des Brigades Internationales en Espagne. Face aux troupes du Général Franco aidées par des soldats nazis envoyés par Hitler et par des troupes de Mussolini, ils avaient appris à combattre les armes à la main. Ils mirent leur expérience au service de notre pays, pour certains d’abord dans la légion étrangère dés 1939 et ensuite dans les actions de la Résistance. Ils ne se battaient pas contre un peuple mais contre une idéologie : le fascisme. Comme le disait Missak Manouchian dans la dernière lettre qu’il écrivait à sa femme Mélinée, je meurs sans haine pour le peuple allemand. Français, immigrés, ils voulaient construire un monde de paix et de progrès social. Toutes les forces de la Résistance avaient su se rassembler au sein du Conseil National de la Résistance à l’initiative de Jean Moulin.
Organisations de résistance, syndicats, partis politiques, ils s’étaient unis et avaient adoptés un programme novateur : le Programme du Conseil National de la Résistance. Elaboré dans les dures conditions de la lutte clandestine ce programme proposait une société nouvelle dont le moteur était le progrès social, la démocratie, l’égalité des chances pour tous. Il était porteur d’une vision d’avenir. IL fut mis en œuvre par le gouvernement présidé par le général De Gaulle mit en œuvre à la Libération. Le sacrifice des combattants n’avait pas été vain.
Nous devons poursuivre leur action car les forces du négationnisme sont toujours présentes et retrouvent une vigueur nouvelle dans certains pays européens et ailleurs dans le monde. Non la « barbarie » n’est pas inéluctable. Non le racisme n’est pas supportable. Bien au contraire le respect des différences doit nous guider dans toutes nos actions. Nous serons fidèles à ceux que nous honorons aujourd’hui en étant fidèles aux valeurs pour lesquelles ils ont donné leur vie.
