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samedi 10 octobre

Commémoration au stand de tir des Groues

 
Commémoration de l’assassinat de Pierre Sémard
mardi 9 mars 2010
par gerard
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Il y a 68 ans, Pierre Sémard était assassiné par les nazis. Avant de rendre hommage à sa mémoire et à son engagement, permettez-moi de revenir brièvement sur les circonstances de son assassinat.

Je veux rappeler que si Pierre Sémard est tombé sous les balles nazies, c’est bien un ministre de Pétain, Pierre Pucheu, qui l’a désigné à ses bourreaux. Ce Pierre Pucheu n’est pas n’importe qui :

Il est un des dirigeants –et non des moindres- du Comité des Forges, qui deviendra plus tard l’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie, et un des cadres du patronat français, le Médef d’aujourd’hui. Il est aussi celui qui dresse les listes d’otages à fusiller : les 18 de Nantes en octobre 41, les 27 de Chateaubriant et les 5 de Paris, puis en mars 1942, ceux d’Evreux dont Pierre Sémard. Il est enfin le père des « sections spéciales », ces tribunaux d’exception dont les jugements ne peuvent faire l’objet d’appel, qui ne connaissent qu’une peine : la mort, et sont spécialisés dans la condamnation des communistes, des patriotes et des résistants.

Résistant : Pierre Sémard l’est bien avant la guerre. Militant et dirigeant syndical, il est aussi militant, dirigeant et élu communiste.

- En 1920, déjà, il prend une très grande part à la grève des cheminots, qui lui vaut d’être révoqué.

- En 1938, secrétaire général de la Fédération des Cheminots CGT, conseiller général communiste de Drancy, et administrateur de la SNCF, il est à nouveau révoqué pour son rôle dans la grève de cette année-là.

- Et le 16 octobre 1939, il est arrêté puis condamné à 3 ans de prison pour activité syndicale et pour avoir « propagé les mots d’ordre de la 3ème internationale ».

- Après avoir purgé sa peine dans les prisons de Fresnes, de la santé et de Bourges, il n’est pas libéré, mais transféré au camp de Gaillon où il est pris comme otage et fusillé, le 7 mars 1942.

Sept ans après sa mort, dans la France libérée, il sera élevé au grade de lieutenant-colonel de la Résistance Intérieure pour être resté, je cite : « bien qu’emprisonné, en contact avec les organisations de Résistance des cheminots auxquelles il donne des conseils pour leur action contre l’occupant allemand », et pour avoir, quelques heures avant d’être fusillé, lancé aux cheminots un appel au combat : « Je meurs avec la certitude de la libération de la France. Dites à mes amis les cheminots que ma dernière volonté est qu’ils ne fassent rien qui puisse aider les nazis. Les cheminots me comprendront, ils m’entendront, ils agiront, j’en suis convaincu ».

Effectivement, Pierre Sémard sera entendu : jusqu’à la Libération, les cheminots paieront un lourd tribut à la lutte : près de 9 000 morts et 16 000 blessés, plus de 800 fusillés ou massacrés, et 1 157 morts en déportation.

Le 10 août 44, la Bataille du Rail culminera avec le déclenchement dans la Région parisienne d’une grève insurrectionnelle, qui s’étend à tout le pays, paralysant les transports de la machine de guerre allemande et contribuant ainsi de façon déterminante à la Libération de Paris et de la France.

Si nous sommes réunis aujourd’hui, c’est à la fois pour commémorer sa mémoire, son courage et son sacrifice, mais aussi pour dire qu’après tant d’années, nous voulons poursuivre son engagement pour la liberté, et défendre ses valeurs de rejet des discriminations, et d’aspiration à la justice sociale, à la dignité et au bonheur.

Tout cela est terriblement actuel.

Certes, le monde de 2010 n’est pas celui des années 40. Mais avec sa crise, le capitalisme tente de faire payer la note aux travailleurs et aux familles, et s’acharne à liquider tout l’héritage de la Libération.

La misère gagne du terrain comme jamais, broyant des vies par millions, mutilant les possibles et emprisonnant l’Humanité dans un présent sans avenir.

Les attaques redoublent contre la santé, l’emploi, le pouvoir d’achat, les retraites, l’école, les libertés. Contre les collectivités territoriales, le service public et la démocratie de proximité.

Le transport ferroviaire lui-même, pour lequel Pierre Sémard a tant donné, est méthodiquement démantelé sous les injections de Bruxelles, au nom de la libre concurrence, et pour satisfaire les appétits de profits.

Portugal, Italie, Grèce, Espagne, Islande : des pays entiers –que, dans leur insupportable mépris, les financiers surnomment « les pigs », c’est-à-dire les porcs- sont acculés à la faillite, et sommés de liquider toutes les garanties sociales, tous les mécanismes de solidarité.

Faisant son lit de la misère, des inquiétudes et des frustrations, l’extrême-droite raciste et xénophobe relève la tête, comme dernièrement en Suisse et plus récemment encore aux Pays-Bas.

Plus que jamais, notre double devoir consiste donc non seulement en un « devoir de mémoire », mais aussi et peut-être surtout un « devoir de résistance », pour nous montrer dignes du combat de Pierre Sémard en faisant souffler un vent nouveau.