extrait de la lettre “...c’est un bien pénible devoir qui m’incombe aujourd’hui et cependant je n’ai pas le droit de m’y soustraire....Vous avez entendu parler peut être des brusques et sanglants événements qui ont endeuillés le pays, il y a prés de quinze jours, c’est au cours de ces redoutables journées que votre malheureux fils a été prématurément ravi à votre affection, je ne puis vous expliquer ici les raisons, ni les douloureuses circonstances qui nous ont empêché de vous prévenir plus tôt...” Mme Marron remet également 2 photos représentant Edouard et une carte de travail au nom de Calas Roger né le 21.07.1929 et demeurant à Valence, fausse bien sur. Cherchant à savoir où était son frère, qui avait écrit cette lettre, qu’elles sont les personnes qui l’avaient hébergées ? Sans hésitation, le président des familles de Fusillés prend en main ces recherches qui risquent d’être très difficiles au vu de la signature illisible et des photos prises il y a plus de 55 ans (en 1999). L’association demande une expertise graphologique de cette lettre. Elle nous apporte que c’est une femme qui l’a écrit. “...cette femme avait un caractère très alerte, extrêmement consciencieuse, très courageuse...riche personnalité, très intelligente et douée par les langues étrangères...” La signature est peut être A. Hajard (rapport graphologique).Lettre expédiée de Valréas le 24 juin 1944, reçue le 01 juillet 1944 par le père d’Edouard à Ruoms (07) Une dernière photo vient étayer les documents remis par la famille Marron. Une photo représentant une grande bâtisse en campagne, prise il y a plus de 50 ans, lieu supposé se trouver héberger Edouard Constant. Au vu de ce document agrandi, Joseph Coutton part à la recherche d’indice plus précis, de renseignements sur le lieu supposé héberger Edouard en 1944. Il charge plusieurs personnes d’effectuer des recherches de Mémoire, des contacts sont établis auprès de son entourage. Incroyable on s’y croirait, 55 ans plus tôt. Ces hommes et femmes ont rajeunis, retrouvent leur force vive, se replongent dans le Maquis, remettant en mémoire certains détails de ces événements tragiques et douloureux. Mandrin Raoul qui avait été sollicité pour ces recherches, apporte des renseignements très précis sur ce lieu de cette bâtisse ainsi que la présence en 1944 de Constant Edouard sur la commune de Visan. Après plus de 8 mois d’investigation, “l’enquête” va aboutir. Comment Mandrin Raoul a retrouvé la trace d’Edouard Constant ? Pour avoir travaillé à la ferme Roussillac à Visan, se trouvant au lieu dit les Bravets à 3 Kms des Barbes, Raoul Mandrin effectuant à l’occasion les moissons aux barbes, reconnaît sur la photo la propriété des Barbes située sur la commune de Visan propriété actuelle de la famille Barnouin. Cette dernière contactée, connaissait Edouard Constant en 1943/1944 mais également sur le nom de Colas Roger, clandestin à la ferme des Barbes dont les métayers de l’époque étaient la famille Ponçon Henri, leur beau frère. Henri Ponçon demeurant ce jour à Ste Cécile les Vignes, confirme qu’ils ont bien caché de 1943/1944 Constant Edouard. C’est son père qui l’avait accompagné en novembre 1943 au moment du ramassage des betteraves, il était de la classe 22, réfractaire au STO (Service Travail Obligatoire). Concernant la lettre, Ponçon Henri ne peut apporter de précision, il ne connaît pas l’auteur.
8 Juin 1944, occupation de Valréas par la Résistance.
Ancelin Henri (fusillé le 12 juin 1944 à Valréas), réparateur ambulant dans les fermes, signale l’occupation de Valréas, lors de son passage aux Barbes. Au vu de ces dires Constant Edouard, dans les jours suivants rejoint le groupe de résistants posté route de Baume (Voir Livre du 12 juin 1944 -53 Fusillés à Valréas) Inconnu lors de la fusillade du 12 juin 1944, il sera identifié officiellement le 26 juin 1945. L’acte de décès n°145 portera désormais un nom : Constant Edouard.
La résistance s’est faite par ces hommes et ces femmes se ralliant au combat contre l’occupant, mais la résistance appartient aussi à celles et ceux qui sont restés dans l’ombre et le silence, accomplissant des actes, sachant les risques qu’ils encouraient au péril de leur vie et de celles de leur famille. Ils ont été nombreux hommes et femmes, résistants inconnus.
