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« REPENTANCE » : HONNÊTETE, VERITE, JUSTICE...RIEN D’AUTRE !
lundi 21 mai 2007
par Pierre Rebière
popularité : 1%

Par une de ses étranges sinuosités dont l’Histoire a le secret, il semblerait que désormais reconnaissance ou condamnation d’erreurs ou de crimes des temps passés fût assimilable non plus à une marque d’honnêteté morale ou de lucidité mais à un aveu de faiblesse , que l’heure fût même venue de s’enorgueillir de ces mêmes atteintes anciennes aux libertés ou aux droits des gens...au nom de la fierté nationale ou de la « Grande Nation » !

Cette reconnaissance - pourtant simple objectivité - est présentée par ses adversaires (à la hardiesse récente...) comme un inacceptable acte de contrition, une « repentance », un aveu de faute et de culpabilité, alors même que , pour eux, il y aurait, au contraire, nécessité de se réclamer, de se glorifier de ces mêmes manquements.

Dénoncer, livrer des innocents Juifs, des patriotes Résistants à la Gestapo ou à la police de Vichy, torturer lors de guerres coloniales, se taire sur les horreurs concentrationnaires, truquer des procès politiques...tout cela ne devrait plus être évoqué, encore moins jugé ou condamné, mais pardonné, amnistié et surtout oublié, et devrait disparaître des livres d’histoire ! HITLER, PETAIN, les camps, la Milice, PAPON, l’O.A.S....connais pas !

A torturé en Algérie ? peut donc encore servir puisqu’il servait la France ! Les temps changent, les années s’égrènent, témoins et acteurs se raréfient, l’amnésie fait son œuvre et la Bête, jusqu’alors encore tapie, ose se redresser, se permettant même d’en appeler à la cohésion nationale ! Ce fut là un des thèmes de la dernière campagne électorale présidentielle, thème né naguère dans les milieux lepénistes et repris par intérêt par la droite « classique » : pas de « repentance » ! A croire que certains ont oublié le message du gaullisme de la Résistance mais gardé intact l’héritage pétainiste...

Nous apprécions hautement l’initiative, prise à la Cascade du Bois de Boulogne, le 16 mai 2007, jour de son installation, par le nouveau Président de la République, M. Nicolas SARKOZY, de faire connaître et rappeler chaque année aux lycéens l’héroïsme de Guy MÔQUET, jeune lycéen communiste ? de 17 ans comme eux, fusillé à CHATEAUBRIANT le 22 octobre 1941, avec vingt-six autres otages. Nous attendions depuis 1945 un tel hommage...Mais en ce haut lieu du martyre, comme sur tous les autres, il y avait bien deux France : celle de la Résistance relayeuse des valeurs de 1789, celle que les nazis fusillaient, et celle des fusilleurs, des collaborateurs à leur service, qui leur livraient, par SEROL, par PUCHEU, par PETAIN, les otages qu’ils réclamaient pour exercer leurs représailles. Rappelons au passage, que ces otages, ces martyrs, ces combattants héroïques, n’ont toujours pas droit - selon les pouvoirs publics - à l’appellation, à la qualité, de « Résistant » : « otages », pas plus...

Le repentir ? - la « repentance » - c’est la reconnaissance a posteriori de la vérité, nécessaire ô combien si l’on veut, en « tournant la page », se garder de toute récidive. C’est un serment moral, parfois politique. Son absence ou, pire, son refus, laisse intactes toutes les craintes, toutes les inquiétudes, toutes les survivances des mauvais choix, commis, mais non reconnus, par les générations précédentes et dont les nôtres ont hérité sans toujours vouloir nettement s’en démarquer.

Des siècles ont été nécessaires, par exemple, pour que l’Eglise réhabilite Jeanne d’ARC, abandonne Inquisition, bûchers et conversions forcées ; plus d’un demi-siècle, à notre époque, pour que le Pape JEAN-PAUL II demande pardon pour le silence de PIE XII devant les crimes nazis, en particulier commis à l’encontre des Juifs, et pour les complicités vaticanes dans les filières d’évasion des dignitaires du Reich.

Ce n’est aussi qu’en 1956 que l’on commença en URSS et dans les ex-« Pays de l’Est », à dénoncer officiellement les crimes du système stalinien.

Il a fallu attendre 70 ans pour que la prise du pouvoir par FRANCO en Espagne, soit qualifiée par les Cortès (le Parlement) de « pronunciamiento », de coup d’Etat contre la démocratie

Pendant près de cinq siècles, le pillage européen (Etats de toutes confessions confondus) de l’Afrique, de l’Asie, des Antilles et des Amériques, a transformé - par l’utilisation massive de la traite des Noirs et des Indiens, de l’esclavage et des travaux forcés - des êtres humains en bétail, en marchandises : ne serait-ce pas dès lors un immense pas à accomplir par la conscience universelle que de faire œuvre de saine repentance au lieu de s’ingénier à dénicher des « aspects positifs de la colonisation » ? HITLER c’est AUSCHWITZ et non le constructeur d’autoroutes...

Et qui ne voit le lien entre le pillage colonial et ses crimes passés contre l’Humanité et le sous-développement actuel et tragique du Tiers-Monde ?

La « repentance », c’est-à-dire tout simplement le rejet, en 2007, de criminels comportements d’antan, ne vise nullement à dresser des groupes ou des individus, ou des Etats, les uns contre les autres, pas même les descendants des bourreaux à ceux des victimes - car les descendants des uns et des autres sont égaux entre eux - mais œuvre au contraire pour la solidarité universelle des peuples, pour l ‘aide au développement des plus démunis, sans barbelés, sans charters, sans murs de ségrégation. Pour substituer, comme en Afrique du Sud d’après l’apartheid, le droit au règne de la brutalité raciste, la justice à l’arbitraire, le principe d’égale dignité de tous au mépris de l’Autre.

Les penseurs reconnus de tous les temps, de tous les continents, religieux ou athées, tiennent la capacité du repentir pour une qualité humaine supérieure, distinguant l’homme de l’animal.

La repentance n’est ni l’auto-flagellation ni la rancune cultivée à perpétuité, pas non plus la recherche d’un pardon automatique, c’est l’affirmation sincère de l’attachement à la vérité : c’est la condition indispensable d’une rupture définitive, totale, d’avec les consciences polluées et les mains sales.

 Pierre REBIERE 17 mai 2007.