Congis, août 2016

Discours de M. ELU Francis, maire de Congis S/Thérouanne

 » Mesdames, Messieurs

Chaque année, avec la commune de Choisy le Roi, nous commémorons ici, dans cette clairière proche du château et du lycée professionnel du Gué- à- Tresmes, le lâche assassinat du 23 Août 1944 de douze Choisyens âgés de 17 à 23 ans et du père de l’un d’entre eux, assassinat commis par les nazis.

Le seul crime de ces jeunes fût d’avoir rejoint les rangs de la résistance dans l’enthousiasme de l’issue prochaine d’un conflit, obligeant l’armée allemande à la déroute, libérant ainsi notre pays du national-socialisme.

Aujourd’hui, nous commémorons ce 72 ème anniversaire.

Chaque anniversaire est un devoir de mémoire, ces jeunes hommes, qui aujourd’hui seraient octogénaires, sinon nonagénaires nous rappellent le sens qu’ils  donnaient à leur avenir : l’esprit de résistance face à toutes les innocences broyées au nom de la religion, de la race, d’une volonté d’expansionnisme, d’un délire collectif apparemment cohérent, d’une provocation récente ou d’une haine séculaire.

Leur message indique ce qui est reconnu comme atouts de l’humanité.

– Résistance contre (les divinités) qui refusent la liberté de conscience au nom des dogmes ou de leurs intégrismes.

– Résistance contre les agressions et les pouvoirs qui se veulent établis pour l’éternité.

– Résistance contre les grands soirs qui voient se succéder les dictatures de tous ordres.

– Résistance contre les interdits, les bulles et les index.

En mourant ils font oublier bien des lâchetés, bien des humiliations, ils ont rendu honneur, dignité et donné un sens à l’avenir : la liberté, la tolérance, le respect.

Et pourtant, aujourd’hui, le monde vacille autour de nous, l’intolérance est là : les fanatiques religieux de tout bord engendrent des atrocités insupportables chez eux, en Syrie, en Egypte, en Irak, en Libye, au Kenya, en Tunisie en Thaïlande etc…. mais aussi chez nous, dans nos démocraties qu’ils rejettent.

Aujourd’ hui c’est la laïcité, je devrais dire notre laïcité qui est attaquée.

D’abord l’affaire du voile islamique «  ou du Burkini » aujourd’hui révèle au pays une grande confusion. C’est le moment de se ressourcer aux principes fondamentaux de la république.

La Révolution française a affirmé, face à l’ancien cloisonnement de la société en communautés, corps et ordres, la responsabilité de l’individu et la primauté de ses droits.

La République n’est pas l’addition de communautés particulières soumises à des lois propres, différentes, voire contradictoires. Elle est l’ensemble de citoyens libres et égaux, quelle que soit leur personnalité culturelle, politique ou religieuse.

Ainsi, la laïcité, dont la liberté de conscience et l’égalité constituent le fondement, inspire –t-elle des institutions qui créent pour chacune et chacun le droit et les moyens de se déterminer en toute liberté mais aussi en toute responsabilité.

La laïcité des institutions publiques conduit ainsi à la liberté, dans le respect des diversités, alors que l’institutionnalisation du «droit à la différence» conduirait à la différence des droits.

Mais la laïcité ne se réduit pas à la sphère de l’éducation, elle concerne tous les domaines de la vie en société.

L’intégration ne saurait se réaliser au détriment des droits de l’Homme et de la Femme dont la République laïque est porteuse et garante.

L’égalité, c’est d’abord celle des Femmes et des Hommes, le libre examen, la raison critique, la libre disposition de soi s’imposent comme condition de l’émancipation humaine.

La séparation des églises et de l’Etat, loi du 9 septembre 1905 que la constitution de 1946 suit quand elle proclame la laïcité de la République, réaffirmée par l’article 2 de la constitution du 4 octobre 1958. Cette loi ne saurait être renégociée, aménagée ou annulée. Ce sont ces jeunes qui l’ont permise.

Ne l’oublions pas !

En Inde et au Bangladesh le système de castres génère le mépris de la femme elles sont assassinées ou violées. En Russie et en Ukraine le nationalisme l’emporte au mépris de la vie.

Notre société occidentale n’est guère mieux aussi, mais d’une tout autre façon : le néo libéralisme débridé trouble, perturbe et doit interroger sur le choix de nos valeurs.

C’est avant toute chose le profit qui dirige. L’intérêt individuel prime sur l’intérêt général, même le pape François (contre l’avis de sa curie qu’il essaye de remettre en place) pose des problèmes aux états sur le dogme de la croissance, et sur les valeurs.

Notre nature est maltraitée partout dans le monde, l’humanité vit à crédit écologique de plus en plus tôt dans l’année. Selon l’O.N.G global Footprint network, l’homme vit largement au-dessus des moyens offerts par la terre. Leurs calculs montreraient que la totalité des ressources que la planète est en mesure de renouveler en 1 an, aura été consommée en moins de 8 mois.

Alors la société actuelle fait-elle encore sens ?

Au nom de quels principes, de quelle éthique, la loi du marché réduit-elle les aspirations populaires des états souverains.

A y regarder de plus près la crise actuelle regroupe en son sein la crise du lien social et celle du SENS. Notre travail (pour ceux qui en ont un), nos liens sociaux, notre vie familiale, nos émotions sensorielles sont la raison primordiale de notre existence, ils constituent la trame unique de l’expérience personnelle et de la qualité de notre vie. La crise actuelle ne se comprend que si on la relie au bouleversement d’une société rabougrie qui ne parvient plus à donner des objectifs individuels et collectifs mobilisateurs, ce qui conduit inexorablement à la crise du SENS.

A l’époque de ces jeunes Choisyens en vie, la plupart des citoyens naissaient dans des familles qui se rattachaient à l’une des grandes philosophies de l’existence source d’éducation spécifique. Elles se retrouvaient de fait, dotées de ressources de sens fortes qui leur permettaient d’avoir une représentation symbolique d’elle-même et d’autrui, de forger leur identité, de comprendre ou de combattre celle des autres , voire d’évoluer en radicale opposition avec leur milieu d’origine. On voulait le temps de réfléchir, de débattre, de décider.

Aujourd’hui, le sens est devenu flexible, la rapidité de l’information des réseaux sociaux y est pour beaucoup, car non contrôlée et incontrôlable : le cliché prime sur le raisonné et sur un mode qui comme pour la relation économique et le lien social, fait flexibilité et précarité. La crise du SENS est à la fois une crise de la fragilité et de repli sur soi.

La solution la plus logique et évidente consiste à persuader tous les membres d’une société humaine que le vivre ensemble, la laïcité sont des valeurs à définir et à défendre en commun. La vie communautaire implique un engagement personnel vis à vis de tous les autres membres, dès lors que des normes ont été établies acceptées et respectées par tous.

-Le sens est dans l’élan créateur du déplacement de l’initiative.

-Le sens est aussi dans le désir coopératif d’aller vers l’autre.

-Le sens est encore à la fois le refus de l’intolérance et de l’intolérable.

-Le sens, enfin est dans le devoir dans ce que l’on fait parce qu’il faut le faire.

Dans cet esprit, en tant que citoyen il est souhaitable que nous nous engagions à nous investir comme «  acteur du sens »

A l’aune de ce souci de réveil des consciences s’ouvre la quête d’un nouveau SENS, universel, associé à un souci d’authenticité. C’est en portant un regard lucide sur les faits bruts, les évènements, les apparences, les émotions, même sur les banalités et les détails que nous construirons ensemble un nouveau monde de paix et de fraternité tel que le souhaitaient ces jeunes en leur temps Ils en ont payé le prix : celui, de leur vie.

C’est la question posée sachant que (je le rappelle en permanence) lorsqu’il y a question l’important ce n’est pas la réponse, mais bien la question car c’est elle qui suscite et crée le débat.

Alors la balle est dans notre camps nous citoyens, c’est de notre responsabilité. La réflexion, nous les devons à et pour ces jeunes. »


Congis, 25 août 2012

La fin de vie dramatique des Fusillés de Congis (arrondissement de Meaux, Seine-et-Marne) commence à Choisy-le-Roi, à quelques jours de la libération de Paris, dans la nuit du 21 au 22 août 1944. Une douzaine de jeunes FFI, âgés de 17 à 25 ans, et le père de l’un d’entre eux, chargés de surveiller un entrepôt arraché à l’organisation Todt (chantiers nazis installés en France) sont signalés disparus de leur poste des « Gondoles-sud », en bord de Seine. Le Comité de Libération, et la gendarmerie de Choisy ne relèvent aucune trace… Les 13 corps criblés de balles seront retrouvés une semaine plus tard (et beaucoup plus loin) par un garde forestier, sur le territoire de la commune de Congis- sur-Thérouanne, aux confins de l’Ile de France (cf. « Châteaubriant » – n° 231)
Une stèle leur est dédiée à Congis même, elle porte leurs noms : Alliot André, 21 ans ; Brochu Armand, 53 ans ; Brochu Guy, 19 ans ; Desgraupes Raymond, 17 ans ; Dilly Jean, 18 ans ; Gallo Claude, 20 ans ; Gavelle Henri, 19 ans ; Germain Guy, 19 ans ; Le Moal Fernand, 18 ans ; Le Moal Camille, 23 ans ; Noël Pierre, 20 ans ; Pecard Roger, 22 ans ; Wolf Maurice, 18 ans. Chaque année hommage leur est rendu, au cours duquel les maires de Choisy-le-Roi et Congis-sur-Thérouanne prennent la parole en présence de représentants des autorités civiles, de drapeaux et d’un public fidèle. Cette année, nous étions représentés par M. Jean Le Moal.
J.C.

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