Cimetière parisien d’Ivry, 8 octobre 2016

Le soleil est présent afin de participer lui aussi à la cérémonie rendant hommage à tous les fusillés inhumés au cimetière parisien d’Ivry. Nous nous retrouvons nombreux pour cette commémoration traditionnelle. Tous les sièges sont occupés et de nombreux assistants doivent rester debout. Douze gerbes sont placées devant la dalle du souvenir dans une atmosphère de recueillement. Il faut noter celle du Lycée allemand de Paris que de jeunes lycéens ont tenu à déposer eux-mêmes. Georges Duffau-Epstein, remplaçant au pied levé notre président Jean Darracq, lit le discours préparé par celui-ci, consacré aux événements de l’année 1941. Puis sont lues deux lettres de fusillés, Samuel Tyzelmann et Robert Pelletier. L’assistance se rend pour terminer devant la stèle édifiée par la mairie de Paris à l’emplacement initial du carré des fusillés. Des élus du Conseil départemental du Val de Marne, de la mairie de Paris et de la mairie d’Ivry ont participé à cet hommage.
G.D-E.

Cimetière parisien d’Ivry, 11 octobre 2014

Notre cérémonie annuelle au cimetière parisien d’Ivry, en hommage aux résistants exécutés par les nazis de 1940 à 1944, a revêtu cette année une solennité particulière.
Pour cette commémoration d’un double anniversaire – début de la première et fin de la seconde des deux Guerres mondiales – de nombreuses personnalités étaient présentes ou représentées : sept ambassades, le préfet et le député de la circonscription, huit maires des communes proches, douze associations d’anciens combattants ou résistants, de nombreux amis et des adhérents de notre association.
Après le dépôt de seize gerbes, le discours de notre président (repris dans l’éditorial de ce bulletin), la lecture des lettres ultimes de deux Fusillés, la soixantaine de participants a rejoint, pour s’y recueillir, la stèle érigée par la Mairie de Paris dans l’ancien Carré des Fusillés, où est entretenue une immense pelouse recouvrant le charnier que les nazis alimentaient en cadavres.
H.B.


Cimetière parisien d’Ivry, 23 février 2014

Comme tous les ans l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance (ANACR) organise au cimetière parisien d’Ivry un vibrant hommage aux Fusillés du 21 février 1944 ; connus sous le nom de Groupe Manouchian et Fusillés de « l’Affiche Rouge », ces 22 combattants sont tombés pour notre liberté.
Dans le précédent numéro de « Châteaubriant », nous avons rendu compte de la cérémonie officielle organisée le 21 février 2014 au Mont-Valérien à laquelle participait le Président François Hollande (voir ci-dessous, page 7, la lettre qui lui fut adressée).
Il nous semble inutile de revenir sur l’identité de ces combattants. Par contre, il est important de souligner que le rassemblement organisé par l’ANACR remonte à 1945. Tous les ans, depuis cette date, nous nous réunissons au cimetière parisien, situé sur le sol de la commune d’Ivry, où reposent leurs dépouilles. Il s’agit, pour les personnes qui viennent y assister, de rappeler qu’elles n’oublient pas les raisons de leur sacrifice. Face à ceux qui veulent récrire l’histoire, nous continuons leur combat pour la liberté, la paix, la démocratie et le progrès social. Nous luttons contre tous les racismes. Le programme du Conseil national de la Résistance, pour nous, est toujours d’actualité. Nous affirmons sans cesse que « Résister se conjugue au présent ».
Comme les années précédentes, notre association a déposé une gerbe.
GDE


Cimetière parisien d’Ivry, 19 octobre 2013

« Les années passent, les souvenirs s’estompent ; les témoins directs sont de moins en moins nombreux. Les enfants des martyrs ont vieilli et les petits-enfants n’ont pas encore massivement assuré la relève. Il est toutefois important que les cérémonies d’hommage aux Résistants exécutés par les nazis, de 1940 à 1944, perdurent afin que les nouvelles générations découvrent les raisons de l’engagement de nos parents autant que les conditions de leur mort…»
Les mots, par lesquels Georges Duffau-Epstein accueille le public venu par habitude ancienne, ce samedi après-midi, au cimetière parisien d’Ivry, sont emprunts d’une touche d’amertume.
Aux côtés de Madame Christienne, adjointe au maire de Paris, représentants d’ambassades et d’associations, porte-drapeaux et élus de collectivités locales accompagnaient les personnes venues se recueillir en souvenir des 828 résistants tombés dans le silence et l’obscurité des années de l’Occupation parce qu’ils s’opposaient aux régimes nazi et pétainiste. Au « Carré des Fusillés », ce samedi après-midi, se remarquaient surtout les fleurs, car les gerbes étaient nombreuses.
La cérémonie s’est achevée devant la stèle érigée par la ville de Paris à l’emplacement où les Fusillés avaient été ensevelis par leurs bourreaux.

LE DISCOURS

 » Mesdames, Messieurs, chers amis.

Comme tous les ans nous nous retrouvons dans ce cimetière parisien d’Ivry afin de rendre hommage à tous les résistants exécutés par les nazis de 1940 à 1944 qui sont enterrés en ce lieu. Les années passent et les souvenirs s’estompent, d’autant plus que les témoins directs sont de moins en moins nombreux. Il en est de même des familles. Les conjoints, les enfants ont vieillis et les petits enfants n’ont pas encore pris la relève. Il est important que ces hommages perdurent car il est indispensable que les nouvelles générations connaissent les raisons de l’engagement de nos parents ainsi que les conditions dans lesquelles ils ont été fusillés. Il ne s’agit pas d’entretenir une mémoire qui se complait uniquement dans la glorification du passé ; nous voulons tout au contraire nous tourner vers l’avenir et continuer à bâtir ce monde de fraternité pour lequel nos parents ont donné leur vie.
Il n’est pas inutile de revenir sur l’Histoire même si les faits sont connus par tout le monde. La guerre débutée en 1939 voit les nazis vaincre les armées françaises et britanniques. Pétain signe l’armistice et lance avec son gouvernement la politique de collaboration.
Des patriotes commencent immédiatement à résister et dés le 17 juin 1940 Charles Tillon lance un appel à la lutte, et le 18 juin 1939 c’est l’appel célèbre du général de Gaulle. Petit à petit la résistance va s’amplifier et le combat des troupes alliées contre Hitler porter ses fruits avec les premières victoires.
L’année 1943 va avoir une importance primordiale. En effet au début de l’année, un événement va complètement bouleverser le visage de cette guerre. Pour la première fois les armées nazies subissent une lourde défaite à STALINGRAD. L’armée de Von Paulus est anéantie par les troupes soviétiques. L’espoir change de camp. Dans tous les pays occupés par les nazis, tous ceux qui combattent le fascisme, sont confortés dans leurs efforts et envisagent maintenant une victoire qui se rapproche.
Dans notre pays c’est tout d’abord la création du Conseil National de la Résistance. A l’initiative de Jean Moulin, délégué du général de Gaulle en France occupée, l’ensemble de la Résistance s’unifie. Partis politiques, syndicats et mouvements de Résistance se retrouvent ensemble pour mener le combat libérateur. Dans la foulée les mouvements de résistance de l’ex zone non occupée se regroupent au sein des Mouvements Unis de Résistance. Un premier département français est libéré, il s’agit de la Corse. A Alger on assiste aux prémisses de la réorganisation administrative de la France avec la création du CFLN (Comité Français de Libération Nationale) par le général De Gaulle. Malheureusement la répression s’intensifie et le gouvernement collaborateur de Pétain livre de très nombreux patriotes aux nazis. Les exécutions et les déportations se multiplient.
C’est ainsi qu’en Novembre 1943 a police française arrête les résistants FTP-MOI du groupe Manouchian-Bocsov en même temps que Joseph Epstein responsable militaire des FTP de la région parisienne. Ils seront fusillés en 1944 et ensevelis dans le cimetière où nous nous trouvons. Une grande partie de la Résistance armée parisienne est démantelée, il lui faudra un certain temps pour se réorganiser.
1943 c’est aussi la création du Service du Travail Obligatoire (STO). Des jeunes sont obligés de partir travailler en Allemagne, mais les réfractaires, nombreux, vont rejoindre les maquis posant à ceux-ci de gros problèmes d’organisation. Toutefois ceux se règlent petit à petit et l’efficacité des maquis augmente dans de grandes proportions.
Terminons ce bref rappel historique en indiquant que fin 1943 est crée le Comité Parisien de Libération (CPL) qui dirigera l’insurrection de Paris en Août 1944.
Ces événements, bien connus par tous, il n’est pas inutile de les rappeler aujourd’hui afin permet de remettre en mémoire la chronologie pour bien comprendre le déroulement de ce qui s’est passé il y a 70 ans.
C’est grâce à tout ce travail qui allie la clandestinité des résistants et l’organisation militaire des forces alliées (comprenant les forces françaises libres) que la libération du territoire s’organise pour déboucher sur le débarquement du 6 juin 1944. Celui-ci comme vous le savez conduira à la victoire finale.
Il faut alors reconstruire la France. C’est à quoi s’attèlera le gouvernement dirigé par le général de Gaulle. Communistes, Socialistes et Démocrates Chrétiens travailleront ensemble pour appliquer le programme adopté par le Conseil National de la Résistance. La France dans laquelle nous vivons en est l’héritière et un certain nombre de mesures sociales mises en place à l’époque sont toujours appliquées : citons entre autre la Sécurité Sociale, le système de retraite par répartition ou la liberté de la presse.
Continuer à porter les valeurs contenues dans le programme du CNR est de notre responsabilité. La liberté, la démocratie, le respect des différences, la lutte contre tous les racismes, le progrès social ce ne sont pas que des mots, mais des valeurs auxquelles nous sommes attachés.
Nous ne pouvons accepter que sous couvert de ce que certains nomment « modernisation de la société » elles soient bafouées et que l’on remplace la volonté politique par l’asservissement aux marchés, c’est-à-dire aux intérêts financiers. Oui le programme du CNR est toujours actuel. C’est en le défendant que nous serons fidèles au sacrifice de nos parents.
C’est pourquoi nous approuvons la loi adoptée par l’Assemblée Nationale et le Sénat qui institue une Journée de la Résistance le 27 mai, date anniversaire date anniversaire de la première réunion du CNR. Cette loi stipule que « dans le cadre de cette journée, les établissements d’enseignement du second degré organisent des actions éducatives visant à assurer la transmission des valeurs de la Résistance et de celles portées par le programme du CNR ». Cette loi avec toutes les organisations issues de la Résistance nous la réclamions depuis très longtemps. Transmettre aux jeunes ces valeurs universelles est un devoir, afin qu’ils sachent exactement les origines de la société dans laquelle ils vivent. Dans un moment ou les communautarismes prennent une importance démesurée il est non seulement utile mais indispensable de promouvoir le respect de l’autre et le rejet de tous les racismes. L’antisémitisme, l’islamophobie, le rejet de celui qui n’a pas la même couleur de peau, la politique qui stigmatise les tsiganes (ou les Roms), l’homophobie sont à combattre parce que non conformes à nos valeurs. Ces idées sont pourtant reprises par certains partis politiques dans notre pays ou dans d’autre pays européens. Les politiques d’exclusion ne peuvent rencontrer notre approbation quelque soit le gouvernement qui les met en place. Je voudrai ici, à titre personnel, dire mon inquiétude devant la progression électorale d’un parti qui a pris le nom d’une organisation de résistance alors que ses valeurs sont à l’opposé de l’esprit qui animait les résistants.
Les pays européens sont touchés par cette vague de renouveau de tous les racismes et de tous les nationalismes. En Norvège des ministres xénophobes sont entrés au gouvernement. En Grèce des députés de « L’aube Dorée » font le salut nazi et ont assassinés des militants qui les dénonçaient. En Autriche les nostalgiques de Hitler dépassent les 20% des voix. A Moscou la chasse aux « Caucasiens » est devenue le sport favori de groupes nationalistes et xénophobes. Il me serait possible de continuer ainsi cette triste énumération qui montre comme le disait Berthold Brecht que « le ventre est toujours fécond d’où est sortie la bête immonde ». Nous ne pouvons rester indifférent devant cette résurgence d’un passé que nous espérions révolu.
Dans ce cimetière sont enterrés, comme je l’ai déjà indiqué, les héros du groupe de résistants dit de l’Affiche Rouge. Ils étaient originaires, d’Espagne, d’Italie, de Pologne, de Roumanie, de Hongrie, d’Arménie, de France et d’ailleurs. Ils menaient ensemble, quelques soient leurs origines et leurs religions le combat contre le fascisme. Leur exemple doit nous servir car ils avaient su s’unir autour d’un idéal commun. Cet idéal ils le retrouvaient dans le contenu novateur du Programme du CNR. C’est pourquoi, prenant le risque de me répéter je crois que nous devons continuer aujourd’hui leur combat en défendant les mêmes valeurs. Dans des circonstances douloureuses ils ont payé de leur vie cette lutte pour un monde meilleur. Grâce à eux nous vivons dans un pays ou la démocratie existe. Sachons nous en servir pour que leur sacrifice n’ai pas été vain. »


Cimetière d’Ivry, 13 octobre 2012

ANF_IVRY_2012

Le Cimetière parisien d’Ivry, où se déroule notre cérémonie annuelle d’hommage aux Fusillés, fut utilisé durant la seconde guerre mondiale, pour recevoir les corps de nombreux suppliciés de la région parisienne. Ils furent 828 Patriotes à y être ensevelis. Le temps passe vite mais la mémoire reste vivante et votre présence aujourd’hui montre que vous résistez à l’oubli.
Notre hommage n’a rien de passéiste ; dans un monde où certains repères disparaissent, il est indispensable de tirer les leçons de l’Histoire. Ceux qui, en 1940, s’opposaient au régime de Vichy, se dressaient contre la barbarie. C’est cela que nous saluons.
Dans la France occupée, certains avaient choisi le déshonneur. Rangés derrière Pétain, ils avaient perdu le sens de la patrie. Le gouvernement collaborait ; il ne se contentait pas d’obéir aux ordres des nazis, il les précédait, mettant en place une politique de répression que les occupants n’espéraient pas. C’est Pétain et son gouvernement qui organisèrent la grande rafle des Juifs de juillet 1942 au Vélodrome d’Hiver et la police française en fut l’instrument. Livrés aux Allemands, les Juifs arrêtés, y compris les enfants, furent déportés vers les camps d’extermination et bien peu revinrent. La même police française arrêtait les Résistants. Les activités des Brigades spéciales en sont un triste exemple. Nombre de Résistants enterrés ici en sont la preuve.
L’honneur de la France, c’était la Résistance. Sur l’ensemble du territoire national elle s’organisait dans l’ombre. Bien sûr, en juin 1940 nous n’en étions qu’aux balbutiements.
Répondant aux appels à la Résistance du Général de Gaulle le 18 juin 1940, de Charles Tillon (responsable communiste) le 17 juin 1940, à d’autres appels moins connus, ou décidant par eux-mêmes de se battre, des patriotes commençaient à résister. Résister cela se traduisait par des actes simples mais qui avaient de l’importance, montrant qu’on n’acceptait pas la situation imposée. Ramasser des armes abandonnées par les soldats de l’armée française défaite et les cacher, écrire « VIVE LA FRANCE» à la craie sur les murs…c’était résister. Plus tard, d’autres slogans plus politiques remplacèrent les simples cris. Les réseaux de renseignements se mirent en place, cela commençait par l’identification des troupes allemandes présentes en France et allait jusqu’au centre du dispositif de défense nazie, faisant parvenir à Londres les plans des blockhaus du « mur de l’Atlantique ». La distribution clandestine de tracts et de journaux des organisations de résistance s’intensifia. Les filières d’évasion permirent aux pilotes alliés abattus au-dessus du territoire français de regagner Londres et les mêmes filières permirent à d’autres de rejoindre les combattants de la France Libre. D’autres se spécialisèrent dans l’évasion des personnes d’origine juive, dont de nombreux enfants. Enfin, la lutte armée s’organisa. Dans les villes puis dans les maquis, la résistance prit une au tre forme pour s’attaquer directement à l’armée allemande et à la Milice créée par Pétain pour aider les nazis.
C’est ainsi qu’en août 1941 le premier officier allemand fut abattu au métro Barbès-Rochechouart par Pierre Georges, plus connu sous le nom de Colonel Fabien. Il vengeait ainsi ses deux copains Henri Gautherot et Samuel Tyzelmann, fusillés quelques jours plus tôt à Châtenay-Malabry sur le site de la « La Vallée aux Loups ». D’autres exécutions d’officiers nazis suivirent à Bordeaux, à Nantes et ailleurs. En réponse, les hitlériens mirent en place la « politique des otages ». C’est ainsi que furent assassinés, en octobre 1941, les 27 de Châteaubriant dont le plus connu est Guy Môquet. Ils avaient été choisis par le sinistre Pucheu, ministre de l’intérieur de Pétain. Les otages n’étaient pas désignés au hasard : tous avaient été arrêtés pour menées communistes, activités antiallemandes ou antigouvernementales. Très rapidement, les occupants se rendirent compte que cette politique, au lieu d’éloigner la population de la Résistance, avait l’effet contraire. Elle fut donc ralentie, sans disparaître complètement…
Ces hommes qui avaient choisi la voie de la lutte étaient d’origines sociales variées. Ils étaient représentatifs de la société française. Leurs engagements politiques ou philosophiques étaient à l’image des partis politiques. Communistes, Socialistes, Gaullistes, sans parti, ils se battaient contre le même ennemi. Croyants ou incroyants, ils défendaient la même cause. Ils étaient originaires de pays divers et rejoignaient la lutte contre l’idéologie nazie. Ici à Ivry, sont enterrés, entre autres, tous les étrangers du groupe de « L’Affiche Rouge », immortalisés par le poème de Louis Aragon. Citer tous les pays qui les avaient vu naître serait trop long, mais je voudrais rappeler que, parmi eux, il y avait des Allemands antifascistes et que l’un des plus jeunes Fusillés du Mont-Valérien se nommait Karl Schoonar, il avait 17 ans. Son père, Allemand opposé au nazisme, était mort avant 1940, dans un camp de déportation… Ces engagements, ils les mirent en commun malgré leurs différences idéologiques. A l’initiative de Jean Moulin, délégué du général de Gaulle en France occupée, ils s’unirent au sein du Conseil National de la Résistance (CNR). Alors que le combat quotidien mettait leurs vies en danger, ils furent capables d’imaginer l’avenir et travaillèrent à la définition de ce que serait la France libérée. Ils adoptèrent le Programme du CNR. Ce programme novateur, progressiste dans son essence, fut mis en œuvre après la Libération par le gouvernement du général de Gaulle. Communistes, Socialistes, DémocratesChrétiens du MRP (Mouvement républicain populaire), traduisant dans la réalité ce que la Résistance souhaitait, ont rebâti la France. Les mesures préconisées par le programme du CNR passèrent dans la vie de tous les jours. C’est de ce programme qu’est issu le modèle social fondant la société dans laquelle nous vivons aujourd’hui.C’est pourquoi nous ne pouvons qu’approuver le Président de la République, François Hollande, quand il s’y réfère au nom de valeurs universelles qui vont bien au-delà de l’évolution de la politique et de l’économie… et être inquiets quand il s’en éloigne. Mais, notre grande préoccupation, c’est la résurgence, dans toute l’Europe, d’idées que nous espérions disparues pour toujours. Le racisme, la xénophobie, le communautarisme, l’intolérance religieuse, le refus de la différence s’expriment à nouveau au grand jour. Dans notre pays, un parti politique en a fait son fonds de commerce, c’est inadmissible. Toute l’Europe est touchée. La Suisse, les Pays-Bas, la Belgique, l’Autriche, la Hongrie…sont atteints par la « peste brune ». L’application irraisonnée de ces idées, en Norvège, a conduit des innocents à la mort : 77 jeunes ont été assassinés au nom de la pureté de l’identité culturelle. Si l’on ajoute à cela la situation au Moyen-Orient, où les extrémistes de tous bords jettent de l’huile sur le feu et empêchent un règlement pacifique du conflit Israélo-palestinien, notre inquiétude est tout à fait justifiée.
Nous, qui sommes ici parce que nous rendons hommage aux Martyrs tombés pour notre liberté, nous devons faire en sorte que leur mémoire soit respectée, pas seulement de façon symbolique, mais surtout dans les faits. Il nous revient de promouvoir les valeurs universelles pour lesquelles ils ont donné leur vie. Démocratie, Liberté, Progrès Social, Laïcité, respect des différences, ne sont pas que des mots. Ces valeurs ils les portaient, quels que soient leurs engagements politiques et leurs croyances. En s’unissant pour les défendre, ils nous ont montré le chemin. Suivons la même voie, alors leur sacrifice n’aura pas été inutile.
Georges Duffau-Epstein


Cimetière parisien d’Ivry, 19 février 2012

Hommage est rendu aux Combattants FTP-MOI du Groupe Manouchian-Boczov, ceux de « l’Affiche rouge ». Chaque année, au cours de cette incontournable cérémonie, l’accent est mis sur l’une des composantes de ce groupe aux origines nationales multiples. Au cours de son allocution, Louis Cortot a donc aussi rappelé le sacrifice des combattants des Brigades internationales et de leurs camarades Espagnols. Rôle important et symbolique, combat fraternel et solidaire contre le fascisme.

Discours de Louis Cortot au cimetière parisien d’Ivry le 19 février 2012

« A l’occasion de la commémoration de l’exécution des résistants FTP M.O.I. dis de « l’Affiche Rouge », Louis Cortot, ancien résistant, Compagnon de la Libération a prononcé cette allocution pour honorer la mémoire des 23 condamnés à mort par les nazis le 19 février 1944 (22 ont étés fusillés au Mont-Valérien le 21/02/1944 – Olga Bancic fut décapité en Allemagne) .
« Vingt des vingt-trois Résistants rassemblés par les nazis dans un procès inique et cynique, puis devant les fusils du peloton d’exécution et sous le couperet du bourreau, étaient étrangers … de six nationalités différentes.
« En ce soixante-huitième anniversaire, un hommage plus particulier est rendu aux militants de toutes nationalités engagés aux cotés des Républicains espagnols agressés par Franco (aidé de Hitler et de Mussolini) qui, la guerre d’Espagne terminée, vont poursuivre le combat contre le fascisme dès l’occupation de leur pays. … Dès la fin de 1939, (ils sont) dans les faubourgs de Varsovie. Dès l’été 1940, dans ceux de Bruxelles, d’Amsterdam, de Copenhague ou d’Oslo et, bien sûr, dans la France occupée, poursuivant le combat contre les nazis et leurs complices… »
Et le président de l’ANACR termine son allocution en soulignant que le combat internationaliste ainsi que les valeurs de dignité défendues par les FTP sont toujours d’actualité.
Sylvaine Galéa


Cimetière parisien d’Ivry, 20 février 2011

Hommage aux Fusillés du Groupe Manouchian-Bocsov

Ce 20 février 2011, comme tous les ans, nous nous sommes retrouvés nombreux au Cimetière parisien d’Ivry pour rendre hommage aux fusillés du groupe Manouchian-Bocsov exécutés par les nazis le 21 Février 1944. Organisée par l’ANACR cette cérémonie émouvante se tenait devant le monument du souvenir érigé à la mémoire de ces glorieux Résistants. Après que Louis Cortot, Compagnon de la Libération, président de l’ANACR, ait rappelé les raisons de cette cérémonie, Narcisse Falguera, président de l’Amicale des Anciens Guérilleros Espagnols – FFI expliqua comment les républicains espagnols, réfugiés en France après la victoire de Franco, ont contribué à la libération de notre pays en combattant les armes à la main contre l’envahisseur nazi.
Jacques Weiller, vice-président de l’ANACR, revint dans le détail sur la composition du groupe. Polonais, Espagnols, Italiens, Arméniens, Hongrois et Roumains combattaient ensemble dans cette unité FTP-MOI dirigée par Missak Manouchian, avec leurs camarades français. Arrêtés par les brigades spéciales de la police française ils sont tombés pour un même idéal après un simulacre de procès. Ils sont tous enterrés au Cimetière parisien d’Ivry comme bon nombre de Résistants auxquels notre association rend hommage tous les ans au début du mois d’octobre.
Nous avons noté la présence des élus et personnalités suivants : Pierre Gosnat, député-maire d’Ivry, Odette Christienne, conseillère municipale déléguée de Paris, Marie-Claude Garel conseillère générale de Nanterre, Madame X…. conseillère générale d’Ivry, Raphael Vahé maire-adjoint de Tremblay-en-France et président de l’ARAC, Robert Créange, vice-président de l’UFAC, secrétaire général de la FNDIRP et Monsieur le représentant de l’ambassade d’Arménie.
Sylvaine et Gérard Galea, accompagnés de Georges Duffau-Epstein, ont déposé une gerbe au nom de notre association.
G. Duffau-Epstein


Cimetière parisien d’Ivry, 29 octobre 2011

Deux prises de parole ont marqué, cette année, la cérémonie que nous organisons en hommage aux Résistants fusillés dans la région parisienne et inhumés à Ivry. Notre président, Georges Duffau-Epstein, développa les thèmes évoqués dans l’éditorial de ce journal. Au préalable, Robert Créange, secrétaire général de la FNDIRP, s’était interrogé sur les raisons qui nous poussent à perpétuer ces cérémonies, où se reconnaissent, au fil des ans, les mêmes visages vieillissants. Un regard sur l’actualité du monde lui fournit quelques exemples de ce qui nous inquiète et nous pousse à répéter sans cesse :
« N’oublions pas ». Il déclara notamment :« Les chemises noires défilent en Hongrie, l’extrême droite progresse en Angleterre, en Suisse, aux Pays-Bas, le racisme et la xénophobie connaissent de beaux jours. Les Roms sont pourchassés simplement parce qu’ils sont Roms. En France, le racisme se retrouve même dans les discours d’Etat…
« Il y a quinze jours, une cérémonie et un banquet ont eu lieu à Lyon pour commémorer le 60ème anniversaire de la mort de Pétain. Autorités municipale et préfectorale n’ont pas réagi…
« Nos cérémonies ne sont pas passéistes. Nous les perpétuons et les perpétuerons pour rappeler que les idéaux de nos camarades morts pour la France sont toujours et plus que jamais d’actualité…
« Que penseraient-ils en voyant un tramway de la RATP réquisitionné pour y entasser des Roms, hommes, femmes et enfants et les expulser de Seine-Saint-Denis ? Quelle serait leur réaction en constatant, d’après un rapport de l’OCDE, que la situation de l’école en France … est une des pires en Europe ? Comment pourraient-ils accepter qu’au lieu de faire payer ceux qui en ont les moyens (spéculateurs et ultra-riches) on taxe les mutuelles complémentaires de santé ?…
« Comme nos héros, nous aimons passionnément la France, celle de 1789, celle de la Commune de Paris, celle de 1936, celle de La Résistance… Pour être fidèles à nos camarades, nous poursuivrons nos luttes pour la retrouver, cette France, pour que « Liberté, Egalité, Fraternité » – ces trois mots pour lesquels on leur a pris la vie – ne soient pas qu’une utopie mais deviennent une réalité ».


Cimetière d’Ivry, lundi 11 octobre 2010

En 1997, peu avant de nous quitter à l’issue d’une vie entière de lutte contre l’injustice et la misère, Geneviève de GAULLE-ANTHONIOZ, ancienne Déportée-Résistante et encore Présidente d’ATD-Quart Monde, s’adressait, à Grenoble, à des lycéens et lycéennes. Elle qui avait eu ses vingt ans en 1940, leur disait ceci ( qui valait pour elle-même) : « Cherchez au fond de vous-mêmes ce que vous croyez être le meilleur, et trouvez une raison pour que vôtre vie vaille d’être vécue. Si vous le faîtes, vôtre vie aura un sens. Sinon, vous vous amuserez, vous aurez des « distractions » -comme dit PASCAL- mais vous n’aurez pas l’honneur de vivre. »Le rappel de cette adresse aux jeunes,empreinte d’une telle élévation morale, convient bien en ce lieu-ci où, depuis 66 ans, nous honorons d’anciens jeunes fauchés à 20 ans,,mais aussi à 30, à 50 ans,à tout âge, et qui ont tout sacrifié pour donner un sens à leur existence et une orientation à la nôtre.
Il y a 70 ans cette année qu’a débuté leur combat, eux qui se réclamaient alors d’appels à la lutte lancés simultanément par des voix d’origines très diverses_ pour l’essentiel la voix de Charles de GAULLE (oncle de Geneviève) et les voix de Charles TILLON, Jacques DUCLOS, Maurice THOREZ. « L’Appel du 18 Juin 1940 », devenu ultérieurement figure de proue de la Résistance, cet « Appel » ne fut alors pas plus unique que cinq siècles avant Jeanne d’ARC n’avait été la seu le Française à « bouter l’envahisseur ».Certes sur l’instant,ces appels furent peu lus ou entendus : pas de radio,peu de courant, peu ou pas de papier,presse libre clandestine et traquée par la police franco-nazie ; Ce n’est qu’au fil des mois et des années de guerre que l’on put remonter jusqu’à ces « Appels » originels de l’été 1940,surgis des profondeurs d’une nation et d’ un pays trahi,occupé,envahi, désorganisé et dont l’administration jouait avec zèle le rôle d’auxiliaire effi cace des nazis.
Ces mêmes appels fondateurs « des » puis de « la » Résistance, ont orienté les actions menées en France et hors de France dès 1940. Chaque appel invitait à poursuivre par tous les moyens, sur tous les fronts, les combats, refusait de considérer la guerre comme terminée ; il y eut certes des divergences, parfois graves, entre les deux principales composantes, gaulliste et communiste, de la Résistance, mais elles furent sur- montées dans et par ces mêmes actions. Et surtout, elles n’empéchèrent , le 27 mai 1943, ni l’unification politico-militaire du CNR par Jean MOULIN, ni l’adoption, pour l’ après-vitoire,d’un programme avancé de développement du pays, amorcé seulement, en 1936, par le gouvernement de Front Populaire.
Une telle lutte, d’abord à mains nues, menée sous des formes très diverses (tracts,prises de parole, atten- tats ciblés, grèves, sabotages, maquis,etc…) fut humainement très coûteuse : des milliers de fusillés, de dé- portés, d’otages, en payèrent le prix_ comme dans toutes les guerres sans doute, mais celle-là avec la particularité historiquement inédite d’avoir vu la population (du moins en grande partie) prendre en mains ses propres destinées là-même où ses dirigeants officiels, civils et militaires,avaient failli. Que ce soit de Londres ou de France, « résister »c’était d’abord refuser et même, pour des soldats de carrière, désobéir, c’était placer au-dessus de tout le sens de l’intérêt national pour que la France ne devienne ni un Land, ni un protectorat, comme la Bohême-Moravie, la Pologne ,la Hongrie…
En avance apparemment sur leur âge et en prémonition sur l’Histoire, des jeunes de 1940 semblaient suivre et illustrer le coneil de 1997 de Geneviève de GAULLE-ANTHONIOZ. Des moins de vingt ans même comme Guy MOQUET (’17 ans en 41 à Châteaubriant), comme Fernand Zalkinov (19 ans en 42 au Mont-Valérien), comme les cinq lycéens de Buffon (ARTHUS,BAUDRY, BENOÏT, GRELOT, LEGROS, entre 17 et 19 ans, à Balard en 43, et qui disaient tous,comme ZALKINOV : « Certes,nous sommes des enfants, les uns et les autres. Nous n’avons jamais prétendu être des héros, il ne faut pas trop nous en demander ! ».
Ces jeunes privés de jeunesse mais pas de matûrité, d’adolescence mais ni de courage ni de sens des responsabilités, ces jeunes répondaient à la fois à « un » et « aux » appels, et d’abord sana doute à celui de leur conscience qui leur commandait de refuser, de se battre pour ensuite, et dans la liberté reconquise, rebâtir. Intégrée à l’echelle de tout un pays, cette conscienceindividuelle puispartagée, puis collective, devint un m moteur et conduisit à la redéfinition totale que certains aujourd’hui osent regretter des principes de fonc- tionnement d’une nation, d’un Etat, d’une économie servant l’égalité, de droits sociaux nouveaux au travail, à l’éducation, au logement, à une retraite digne.S’appuyant sur l’analyse des graves manquements de la République, sur l’ampleur de la catastrophe de 1940, et aussi sur l’analyse des sacrifices terribles qu’il fallut consentir que l’on soit citoyen français ou démocrate étranger réfugié en France , le CNR inventa, imagina, conçut en janvier 44 un programme inédit permettant à la Nation française de se réapproprier ses propres richesses en les réinvestissant, au lieu de les privatiser, en en faisant profiter la nation entière au lieu de les réserver à quelques tenants de grandes fortunes qui, pour la plupart, avaient porté au pouvoir PETAIN, LAVAL et autres traîtres, supporté la politique de collaboration et profité du commerce avec l’occupant.
« Il faut se souvenir de l’avenir », proclamait ARAGON. Et, sans doute aussi du passé, et de qui a fait quoi, et au nom de quoi,jadis, en des temps tragiques. Non au nom d’un repli sécuritaire ou xénophobe, d’un auto-isolement, d’une superbe ignorance du monde actuel tel qu’il s’ouvre non sans conflits complexes, guerres et fanatismes s’entrenourrissant ; mais bien d’un monde tendant, à l’échelle plnétaire, à en finrr avec les séquelles des interminables conquêtes coloniales, avec le sous-développement de continents entiers, avec la négation des droits des humains, ou avec l’usage du droi du plus fort.
Car c’est bien à ce passé là que, par un programme visionnaire et novateur , la Résistance voulait mettre fin. Un programme écrit dans le sang de ceux qui reposent ici, un programme qui garde toute sa jeunesse, toute sa pertinence et toute sa nécessité…
(1) Louis ARAGON