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M Gérard Galéa
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Il y a soixante-cinq ans déjà, c’était l’année "44", la France se libérait de l’occupation nazie et du régime "kollabo" de l’ex-Maréchal Pétain et de ses acolytes. Depuis 1943, l’unification des courants syndicaux puis politiques puis combattants, était réalisée dans le Conseil National de la Résistance de Jean Moulin et, en Janvier 1944, le programme d’après victoire avait fait l’unanimité des membres de ce CNR : l’intérêt national prévalait tant pour la conduite des actions militaires (création des FFI) que pour les mesures à prendre pour relever, après sa libération, un pays ruiné.
L’année 44, avec encore son cortège de fusillés, de massacrés et de déportés, comme lors des années noires précédentes, fut l’année des accélérations : celle du recul des hitlériens sur les fronts de l’Est, celle aussi des débarquements tant attendus à l’Ouest : en Normandie, en Italie, en Provence ; offensives certes coûteuses pour les libérateurs mais offensives victorieuses grâce à la combinaison tactique des troupes conventionnelles et des guérillas des partisans des campagnes et des villes, partisans fortement motivés par leur unité de stratégie (malgré de tragiques exceptions). Songeons pourtant que le traître Pétain se faisait encore acclamer à Lyon début Juin, avec l’appui de la sinistre Milice de Darnand !...
Fin Août 44 donc, trois mois presque après le débarquement de Normandie, Leclerc et Rol-Tanguy libéraient la capitale : le commandant de la "2ème DB", unité de la France Libre équipée par l’armée US et l’ancien de la XIVème Brigade Internationale de la guerre d’Espagne, devenu le chef des FFI d’Ile-de-France et le coordonnateur de l’insurrection parisienne, avec le "CPL", Comité Parisien de Libération", présidé par l’ouvrier André Tollet. Image de la Nation reconstituée en sa capitale, libérée par des Français, des Américains, des Espagnols républicains et par des Résistants de bien d’autres pays contraints à l’exil...Peu après, c’est la jonction, en Champagne puis en Franche-Comté, des armées de Normandie et de Provence et leur marche commune sur la Lorraine puis l’Alsace, puis l’Allemagne, y contraignant finalement Hitler au suicide et les siens à la capitulation sans condition le 8 mai 1945, malgré d’ultimes, vains et sanglants soubresauts dans les Ardennes ou dans les "poches de l’Atlantique". L’unité, l’unanimité patriotique, la perspective politique tracée par le CNR, relayées par le CPL et ses homologues des grandes villes, tout cela fortifia à la fois l’assise nationale et internationale du général De Gaulle et valida l’autorité du "GPRF" (Gouvernement Provisoire de la République Française, celle-là même qui avait disparu le 10 Juillet 1940...).
C’est par cette autorité "provisoire" (ratifiée ultérieurement par referendums et élections) que les grandes mesures du CNR furent mises en chantiers de fin 44 à 1947 :
nationalisations des secteurs-clés de l’énergie, des transports, du crédit ; Sécurité Sociale et Santé Publique ;
restauration des acquis du Front Populaire en matière de congés payés, des 40 heures hebdomadaires de travail, de retraites ;
définition d’un Statut de la Fonction Publique et de ses personnels (référence pour l’ensemble des salariés) ; retour a l’Ecole laÏque (accusée de tous les maux par le régime de Vichy et par le haut clergé catholique) ;
droit de vote et d’éligibilité des femmes ;
redéfinition d’une diplomatie souveraine reconnue par le monde entier et par l’ONU (le Résistant René CASSIN y rédigeant en grande partie la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, inspirée de celle de 1789).
Tout n’y était certes pas, en particulier pour les colonies et pour l’Algérie, mais ces mesures permirent le redressement d’une France exsangue.
Soixante-cinq ans passèrent. Soixante-cinq ans c’est long et c’est court à la fois - c’est le temps pour un enfant d’avoir des petits-enfants...- mais rappeler l’œuvre réalisée par un gouvernement français issu de la Résistance est une tâche militante, un travail indispensable pour la mémoire. Comme la prise de la Bastille, comme la victoire de Valmy, le redressement de la France de 44 (qui a coûté très cher en vies humaines et en sacrifices) constitue un des jalons essentiels de notre histoire contemporaine. Cette histoire ne doit pas filer en quenouille : non, le "libéralisme n’est pas la Liberté ; non, la concurrence généralisée n’engendre pas l’Egalité ; non, la société à deux vitesses, ce n’est ni la solidarité, ni la Fraternité.
Au total, la vraie République ne peut être que si elle vaut pour tous ses citoyens : cela valut dès 1792, ce fut là l’orientation du CNR. Et c’est toujours la nôtre...
Pierre REBIERE, 18 Juin 2009