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| 14-05 00:00: | Congrès de la FNDIRP |
Suite à la décision de la dernière assemblée générale de l’association ce 2 février 2006, nous avons décidé la mise en place officielle de ce site web.
Ce site a pour vocation de favoriser le "travail de mémoire" et tous les membres de l’association et amis sont cordialement invités à donner leur avis et/ou participer à la vie de ce site en adressant tous commentaires ou idées a l’administrateur de ce site :
soit par voie postale à
M Gérard Galéa
41 rue du Colonel Fabien
94460 Valenton
ou par messagerie: gerard.galea@free.fr !
Dans quelques jours maintenant, autour de la date anniversaire, on lira et peut-être commentera, dans les écoles, les collèges, les lycées de France - ainsi que dans les établissements français à l’étranger - l’ultime lettre à ses parents du jeune lycéen de dix-sept ans, Guy MÔQUET, fusillé le 22 Octobre 1941 à Châteaubriant, comme otage communiste, avec vingt-six autres internés-otages, tous préalablement et soigneusement sélectionnés et désignés par le "ministre" sinistre PUCHEU - celui-là même qui en 1936 présidait le Comité des Forges, lointain aïeul du M.E.D.E.F. actuel - sélectionnés et désignés avec l’accord de l’ex-Maréchal, alors Chef de l’"Etat Français", Pétain, pour être livrés aux pelotons d’exécution nazis aux fins de représailles. C’est ainsi que, bien malgré eux, les "27" de Châteaubriant (auxquels il faut ajouter le même jour 21 autres otages à Nantes et au Mont-Valérien) devinrent la concrétisation sanglante de la politique de collaboration entre les occupants hitlériens et les revanchards de 36, agissant pour le compte des nazis depuis Vichy et voulant faire croire à la fiction d’une indépendance française qui n’était que la liberté surveillée d’un protectorat...
Nous avons salué, le 16 Mai dernier - sur le lieu même du martyre de la Cascade du Bois de Boulogne - l’initiative prise par le nouvellement élu Président de la République, M.Nicolas SARKOZY, de faire connaître aux jeunes, voire à leurs parents, ce jeune homme héroïque. Tout en déplorant, par ailleurs, qu’officiellement la qualité de Résistant ne soit toujours pas reconnue à ses compagnons d’infortune, considérés aujourd’hui encore comme de simples et banals "internés administratifs", selon une terminologie particulièrement hypocrite...Et cela parce qu’ils avaient été arrêtés préventivement par la Police d’une IIIème République finissante et munichoise, devenue ensuite Police de l"Etat Français".
Guy MÔQUET, lui, - et il faut le rappeler inlassablement - avait été arrêté le 13 Octobre 1940 (donc un an avant sa mort, à seize ans...), à la gare de l’Est à Paris, pour distribution de tracts, avec ses copains des Jeunesses Communistes (clandestines), tracts contre l’occupant et contre Vichy. Guy voulait ainsi, disait-il, prendre le relais de son père, le député de Paris Prosper MÔQUET, élu en 1936, révoqué en 1939 et détenu en Algérie, au bagne de Maison-Carrée.
Guy Moquet n’est pas inhumé ici, à Ivry (il est, de nos jours, au Père-Lachaise à Paris) ; il aurait pu, par un autre concours de circonstances, être fusillé au Mont-Valérien et enseveli, dès lors, lui aussi, ici même. Son jeune âge fut aussi celui de nombreux très jeunes Résistants des premières heures de 1940 et 1941 : Guy Moquet écrit certes à son père, à sa mère, mais son ultime message ne leur est pas strictement destiné :" Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !". Et "vous", c’est nous...
Guy n’est pas un illuminé, un trompe-la-mort, un risque-tout écervelé : il se situe clairement dans le camp de ses camarades plus chevronnés, détenus comme lui mais, eux, en raison de leur notoriété militante, syndicale et/ou politique depuis, au moins, 1934 ; des militants comme "Tintin"(Jean Pierre TIMBAUD, dirigeant des Métallos C.G.T.) ou comme le député communiste de Paris Charles MICHELS, tous bien connus de PUCHEU depuis la victoire du Front Populaire en 1936.
Guy MÔQUET n’est pas non plus un surhomme, un "Superman, c’était un jeune homme, un ado mûri adulte à marches forcées. S’il est, à juste titre, devenu figure emblématique de la Résistance (avec même, enfin, bientôt, un timbre-poste à son effigie) c’est parce que son comportement héroïque fut en totale harmonie avec les objectifs centraux de la Résistance : libération du pays, reconstruction d’une société républicaine renouvelée, une société qui éradiquerait la misère, l’exploitation, les injustices, les inégalités sociales. Le combat pour la libération mais aussi pour la démocratie, comme en l’An II de la 1ère République où il fallait repousser les agresseurs et empêcher le retour des "Coblençards" et de l’Ancien Régime. Combat national allant de concert, indissolublement, avec combat de classe...
Notre très chère et très regrettée Lucie AUBRAC - "Madame AUBRAC" - expliquait inlassablement aux jeunes générations que l’on n’entre pas en Résistance une unique fois, qu’il s’agit là d’un choix engageant toute une vie tournée vers la justice, le progrès, l’égalité et vers le refus de tout ce qui leur fait obstacle. L’engagement dans la Résistance, dans le camp de tous ceux qui disent "Non !" fut un acte militant dans le droit fil de l’engagement politique et syndical des années 30. Si la libération du pays occupé fut l’impératif prioritaire et fédérateur, cette même libération ne pouvait être complète sans de profondes réformes sociales, justement celles de 1936 réactualisées unanimement dans le Programme du C.N.R.
De nos jours, c’est l’esprit, la flamme de ce Programme qu’il faut empêcher de s’éteindre, même si le cadre de sa mise en pratique a changé d’échelle. Lorsque Marie DURAND la huguenote gravait le mot "résister" sur le mur de sa prison à Aigues-Mortes, au temps de Louis XV, c’était pour défendre jusqu’à la mort la liberté religieuse, partie intégrante de la liberté de conscience. Il faudra un siècle et demi pour que cette liberté fondamentale soit inscrite, en France, dans une Constitution ; et après plusieurs révolutions...Lorsqu’en 1940, le Général De GAULLE, le parti communiste et des patriotes isolés en appellent à la résistance à l’ennemi et aux traîtres, c’est cette fois à l’échelle d’un pays et de sa place essentielle dans le monde. Il faudra cinq années et une terrible guerre, mondialisée et inédite dans son déroulement, pour que la France se libère des occupants et de Vichy. Nous en connaissons, nous et pour toujours, le prix.
En ce vingt-et-unième siècle, la soif de justice est, à l’évidence, planétaire et les moyens modernes de communication rapprochent potentiellement comme jamais les Terriens : toute atteinte à leurs droits ici entre en résonance là avec les Résistants de notre temps qui, sans se connaître, se reconnaissent...Tous sont, même à leur insu, les disciples, sinon les enfants de Guy MÔQUET : tous prolongent son oeuvre, comme lui-même le faisait de l’œuvre de ses prédécesseurs, son père, sa mère, tous ses amis et camarades.
Présenter Guy MÔQUET sous un aspect exclusivement héroïque, strictement individuel, hors de son temps, sans replacer son incontestable patriotisme dans le contexte familial, politique, militant de son époque, sans rappeler les idéaux qui le motivaient, cela est réducteur et pose le problème de l’usage à faire de la mémoire et de la responsabilité de ceux qui s’y réfèrent ; et ce d’autant plus quand ces derniers incarnent la puissance publique, l’Etat, censé refléter l’intérêt de la nation.
Il y a une vingtaine d’années, en 1984, l’écrivain uruguayen Eduardo GALEANO, exilé en France pour son hostilité aux dictatures dans son pays et dans ceux du voisinage, explicitait ainsi la responsabilité de ceux à qui incombe en premier la perpétuation de la mémoire : "On peut brûler, mutiler, abrutir, expurger les traces du passé. Mais la mémoire, lorsqu’elle reste vivante, incite à continuer l’Histoire plutôt qu’à la contempler. L’Histoire se répète ? Ou se répète-t-elle seulement par pénitence de ceux qui sont incapables de l’écouter ? Il n’y a pas d’Histoire muette. On a beau la brûler, on a beau la briser, on a beau la tromper, la mémoire humaine refuse d’être bâillonnée. Le temps passé continue de battre, vivant, dans les veines du temps présent, même si le temps présent ne le veut pas, ou ne le sait pas...Pour que l’Histoire ne se répète pas, il faut sans cesse la remémorer. [in E.GALEANO :"Veines ouvertes de l’Amérique Latine, Plon édit. Paris 1984, Collection "Terre humaine"]
Peut-on, faut-il, en 2007, oublier l’image de 1942 de ce petit garçon de 6 ou 7 ans à la casquette trop grande et en culotte courte, bras levés et, parce que né juif, expulsé de France par des papons et poussé par des SS dans un wagon de la mort ? Non, on ne peut pas, non il ne faut pas l’oublier en 2007 car, en 2007, d’autres enfants, avec leurs parents, considérés comme non-Français et comme indésirables, connaissent à leur tour la traque, l’expulsion de notre pays et, parfois, le retour à l’enfer et la vie brisée.
C’est cela le point commun de la fidélité au souvenir et du combat permanent pour la mémoire. Nous avons eu, nous, et malgré nous, ce privilège d’intégrer des souvenirs lourds, personnels, intimes et qui auront marqué toute notre existence, de les intégrer au travail de fourmi de tous les honnêtes gens attachés à la démocratie, à la paix, à la justice, au travail citoyen de tous les Terriens de bonne volonté, dont nous faisons nôtres les idéaux et la noblesse de cœur.
Pierre REBIERE.
